Saint Denis : le Pavillon des artistes, un collectif installé dans une ancienne Sécu

C’est à l’intérieur des anciens locaux de la Sécurité Sociale de Saint Denis que s’est installé en juillet dernier le collectif du Pavillon des artistes. 2700m2 de bureaux où vivent une vingtaine de résidents, pour une cinquantaine d’artistes qui y passent régulièrement. Ce n’est pas tant un squat qu’une occupation citoyenne ; les résidents essaient d’entretenir de bonnes relations de voisinage (aucune plainte n’a été déposée), d’ouvrir le lieu aux visiteurs et notamment aux enfants ; le jardin est ainsi accessible aux riverains qui peuvent y faire pousser leurs cultures. Si les lieux sont chapotés par l’association créée à cet effet, celle-ci se compose de plusieurs sous-structures : ER Prod (galerie d’exposition, diffusion d’art), la Blackbox (hacker space autogéré), Mister Tout (association dyonisienne qui s’occupe de recycler des meubles, proposer des prestations, des ateliers cuisine : ils essaient de tout faire, d’où le nom), Bastos et LBN (rap dyonisien et alternatif)…

On est ouverts à tous

C’est Benoît, sérigraphe, qui m’accueille. Il se définit plus comme un technicien que comme un artiste et m’explique le fonctionnement de l’endroit. L’association fonctionne comme un relais d’information, et les arrivées de nouveaux résidents se font via le réseau et les échanges inter-collectifs, ou la vie associative de Saint Denis ; le lieu n’est pas uniquement dédié aux artistes, il accueille aussi des gens en galère, par solidarité.

On essaie de mettre la barre assez haut

Concernant les activités pour les enfants, l’atelier dure 2 jours et mélange différentes techniques : light painting, tableau (les enfants repartent avec leur propre toile au format A4), sérigraphie sur t-shirt avec des encres à eau. Généralement, dans ce genre d’atelier, les enfants ne repartent pas avec leur création. Là, ils auront un joli cadeau à ramener pour Noël. L’idée est qu’ils aient une vraie toile, pour leur donner envie de travailler d’autres techniques : sur coton, lin, pochoir. « On va voir ce que ça va donner, on essaie de mettre la barre assez haut ».

Anti, street artiste plasticien et multi cartes

Pas de place, personne qui ne veut t’exposer parce que t’es pas connu : la meilleure expo, c’est la rue

Anti se définit d’abord comme un street artiste, mais c’est un artiste multi cartes, qui multiplie les supports, techniques et terrains d’exposition. Ici, l’atelier peinture, en cours : « sans réfléchir, tout à l’instinct », des trucs à customiser. Un vieux frigo, ou plus prestigieux, l’étui du violon du soliste de l’Opéra de Paris. Plus loin, des sculptures mettant en scène des yeux géants, une de ses marques de fabrique ; des pochoirs également.


Anti me montre deux crânes dorés dans une cage : « Ca va partir à Lyon : je les pose dans la rue, avec des pochoirs concentriques plus la sculpture. C’est une galerie à l’extérieur. Ce qui m’intéresse, c’est de shooter les limites ». Pour Anti, la 3D, c’est normal. Il aime les volumes, il les utilise ; même les stickers sont faits en moulage. Il représente la nouvelle vague des street artistes plasticiens. Ses sculptures récentes mettent en scène des crânes surmontés de villes ; des univers entiers, remplis de son « univers geekos ». C’est blindé de références : sf, jeux, manga. « Mon background, ma culture » : mangas, dessins animés, club Dorothée, Gunnm. Dragon Ball, Lego, Playmobil, Star Wars, Warhammer, Marvel, Simpsons, civilisations Inca, Musclor… c’est tout l’imaginaire d’une génération sur lequel Anti travaille. Là, il me montre un Mr Patate version Paris : des petites terrasses, le métro, etc. « Je conçois mes immeubles en 3D : je les imprime avec l’imprimante 3D de la Blackbox. Ensuite, je les moule, et j’arrive à créer comme ça mes propres petites cités sur mesure, des minis aux plus grosses, voire énormes. Je peux copier à l’infini ».

Jouets, irisation et thermoforeuse

Plus loin dans l’atelier, une sculpture en cours. Anti attend une peinture spéciale, à irisation de couleurs. L’innovation, ça passe aussi par la technique ; sur place, il a fabriqué une thermoformeuse, pour être plus indépendant dans ses productions. Tout vient de l’atelier. Sur ma gauche, une étagère de bacs à étiquettes : les stocks de pièces détachées, Lego, Playmobil, armes, morceaux de corps humains (en plastique !), véhicules, pièces électriques, etc. Anti dispose aussi d’un atelier moulage : « Le moulage, c’est l’arme fatale. Ca permet d’éviter d’utiliser de vrais jouets, vu que ce que je mets dans la rue, ça finit par disparaître ». Car Anti aime avant tout les jouets. Au départ, il faisait les brocantes, les vide-greniers pour pouvoir construire ses sculptures en accumulation. Ca a fini par se savoir, et maintenant on lui donne des jouets. Sur le bureau, un Batmobile en attente de tag. Genre, Batman qui s’est fait vandalisé pendant qu’il sauvait Gotham…Il y en a partout. « Je travaille 50 projets en même temps, je déteste attendre. Pendant que le silicone sèche, je vais coller un truc là, puis peindre un truc ici, thermosouder ailleurs. Du coup, il faut de la place. »

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Obsolète

Son dernier projet, c’est «Tout sous blister », une critique ouverte des dérives de l’art mercantiliste, qui se vend en boîte comme n’importe quel objet au supermarché. C’est parti de « Bienvenue dans le 93 », des petites voitures cramées, des vans de police et autres véhicules taggés mis sous blister, comme un objet souvenir du 93 et des clichés qu’on y attache. La série en cours, c’est Osbsolète. Une série réalisée en collaboration : « Il y a un mythe qui dit qu’on peut pas vendre des collabs, donc on va le calmer un peu ». L’idée, c’est de faire de l’ultracapitalisme avec les déchets du capitalisme : de la VHS, un I pod première génération, des cassettes audio, des disquettes. « La disquette, ça viendra en dernier : c’est la disquette que je vais leur mettre…». Ou comment démonter le concept de l’art en boîte avec le sourire, et pas mal d’humour…Pour plus d’infos sur Anti, visitez son site.

Bastos, rap associatif

Je ne suis pas une maison de disques

« Mon label, c’est Street Movment, des produits de la rue. Je suis indépendant, j’ai une plateforme de vente en ligne, je recrute des artistes pour développer leurs projets, ceux qui ont un produit fini ». Studio, mastering, clips vidéo, montage, t-shirts et promo : Bastos fait un peu tout pour promouvoir ses artistes essentiellement issus de Saint Denis, mais pas uniquement. Ursa Major, Babaliss, Two Face, Balister, Yoda…tous les artistes qui ont un projet abouti peuvent faire appel à ses services. Bastos essaie ainsi de développer des artistes issus de la rue, de créer des « feat » (des duos entre artistes). « On se cotise, on vend nos propres cds dans le métro avec juste une enceinte » ; comme ça, il a vendu 15 000 exemplaires de La vérité en face, d’Ursa Major. Le métro, les puces…autant de canaux de distribution alternatifs. L’idée, c’est de sortir du cadre, d’être indépendants et de développer ses propres projets avec son réseau. Des salles comme la Maroquinerie ou la Miroiterie accueillent ses concerts à Paris, mais le réseau s’étend à Bordeaux, Toulouse…

« Je ne suis pas une maison de disques » : pas de contrat, rien. Les fonds récoltés permettent de financer d’autres projets. C’est une passion, tous ont un travail à côté : Bastos a créé le site pour faire connaître ses amis, mais il travaille dans la maçonnerie. La passion et l’envie, avant tout.

Galerie photo du Pavillon :

Le Pavillon des Artistes organise une exposition (photo et VDjing : DJ+video), « A corps », dont le vernissage aura lieu le 5 décembre au 10 avenue Jean Moulin à Saint Denis. Allez-y nombreux, et abonnez-vous à leur page Facebook pour suivre toutes leurs actualités.Remerciements : Benoît, Marianne, Dem Dillon, Anti, Bastos et Doumaha.

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