Urbex : Chronique de ces lieux qu’on abandonne à la poussière

Urbex pour exploration urbaine. Le terme est évocateur, sonne bien, pourtant il recouvre difficilement l’ensemble de cette activité qui consiste à explorer divers lieux abandonnés. Friches industrielles, maisons, hopitaux, chateaux…malgré le qualificatif « urbain », beaucoup de ces lieux sont situés en rase campagne, bien loin de l’activité de la ville.

C’est un petit matin morne et gris en Normandie. De départementale en communale, à chaque changement de direction la route se rétrécit, se fait plus cahoteuse, pour n’être bientôt plus qu’une étroite bande de goudron qui serpente à travers à champs. Un espace quasi vide de vie, qu’on partagera tout au plus avec un tracteur. Quelques minutes, je retrouve le reste du groupe sur la place du village, tout aussi vide à cette heure matinale. Difficile dans ces conditions de se fondre dans l’environnement, surtout quand nous sommes occupés à chercher du réseau pour retrouver les coordonnées GPS de l’endroit convoité. Une estafette de gendarmerie passe. Tout le monde retient son souffle et essaie d’avoir l’air naturel et à sa place. Les gendarmes sont partis, les coordonnées retrouvées, on reprend la route.

L’approche finale est encore plus cocasse. Un petit groupe bardé de matos photo, qui joue un remake de Metal Gear Solid 3 dans le bocage normand. Un large détour à travers les herbes hautes et trempées, pour éviter d’être trop visibles sur le chemin principal. Un tracteur à l’horizon? On s’accroupit derrière un buisson. Les baskets complètement trempées, on débouche enfin sur l’avant du château. Toute la cour est envahie d’herbes folles, la façade presque entièrement mangée par la végétation sauvage. Seuls témoins des dernières activités humaines, une brouette mangée par la rouille et remplie d’eau croupie, une tondeuse qui tombe en morceaux.

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L’entrée dans le château se fait par une pièce qui devait être autrefois un petit salon bien chaleureux avec sa cheminée en pierre. Au sol, ne restent que des gravas; le plafond est hors d’état, complètement pourri par les infiltrations multiples; par endroits, on voit le jour et les multiples objets qui jonchent le plancher de l’étage. Un jour, ils passeront à travers le plafond, ce n’est qu’une question de temps.

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On en arrive vite aux pièces maîtresses du château : 3 grandes salles en enfilade, aux sols magnifiques, évoquent un faste pas si lointain que ça, qui petit à petit s’étiole. Partout la ruine menace; derrière ce dernier salon, c’est un amas d’éboulement.

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L’escalier qui mène à l’étage est par contre en parfait état au regard du reste des lieux. Assurément, en une autre époque, c’était un atout de vente, l’estocade finale portée par l’agent immobilier.

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Mais à l’étage, les choses se gâtent. Planchers pourris, poutres apparentes, pièces condamnées: la progression se fait plus lente. Je traverse le long couloir à pas de loups, testant chaque appui; pour traverser l’alcôve suivante, il faut enjamber les restes épars d’une salle de bain dévastée. Seule la baignoire n’a pu être déplacée. On arrive alors dans ce qui semble être un ancien débarras ou grenier; la décoration y est très sommaire, pourtant un lit hors d’âge y est installé. Quelques mètres plus loin, ce qui semble avoir été un coin de vie : un réchaud, des étagères sommaires, des boîtes de café. Est-ce un squatteur qui a vécu ici, ou l’ancien propriétaire quand les jours difficiles ont commencé? Le reste de la pièce est un chaos organisé : une petite dizaine de bidons de combustible pour appareils mobiles, des piles de journaux jaunis, des tiroirs de classement remplis de fiches couvertes de chiffres. Impossible d’aller plus loin en toute sécurité.

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La visite se terminera par les dépendances : des écuries, une grange où sont remisés divers outils et encore d’autres bidons de combustible, un bureau qui fut le siège d’une société de vente de machines outils. Ici tout est en l’état ou presque. La machine à écrire est encore là, le bureau est couvert de factures et devis étalés. Comme en beaucoup d’autres endroits du château, on sent la mise en scène effectuée par des visiteurs précédents. Cependant, impossible de se défaire de l’impression que les propriétaires ont dû quitter les lieux précipitamment, et on ne peut que s’interroger sur les évènements qui transforment un lieu de vie plein de caractère en un musée de la poussière et de l’oubli à ciel ouvert.

14 réponses à “Urbex : Chronique de ces lieux qu’on abandonne à la poussière

  1. Génial ! Les photos splendides, le téléphone sur la table en attente d’appels : c’est presque inquiétant, mais surtout que s’est il passé dans cette maison pour que tout soit abandonné dans la précipitation : Super début de scénario ou polar. J’adorerais participer à ce genre d’exploration sauvage. Le petit côté illégal ajoute du piment. Bravo

    • Merci Christine, heureux que tu aies apprécié cette histoire ! Bon, le téléphone, c’est une mise en scène d’autres explorateurs passés avant nous, mais ça fait son petit effet, c’est clair…

  2. vraiment superbe ! Comment des lieux aussi beaux peuvent ils être laissé à l’abandon…remarque c’est aussi ça qui en fait le charme, j’adorerais pouvoir explorer ce type de lieux. Tes photo sont justes splendide (j’adore celle avec le telephone en premier plan, tres dynamique), avec cette lumiere et ce cadrage elles ont quelque chose de similaire aux prises de vues des films je trouve. T’es vraiment doué, je suis archi fan.

    • tout simplement parce que le propriétaire a eu des soucis d’argent et ne pouvait restaurer ce manoir qu’il avait acquis, qu’il vivait reclus dedans jusqu’à ce qu’il tombe malade… J’espère que l’auteur ne fera pas « tourner » ce château qui a déjà été bien détérioré et pillé !

  3. Merci de ton message qui fait me fait très plaisir ! Juste une précision à propos des photos, le masque que l’on peut voir sur certaines ne fait pas partie du décor, c’est ma petite touche perso.

  4. Coup de coeur pour les coups fil (!), les premiers plans et plans rapprochés et les angles de prises de vues au ras du sol qui accentuent les perspectives.
    Très beau regard sur ce lieu mystérieux.
    Bravo.

  5. Pingback: Vaiarava Jennyfer Wong Bartoldi (vaiaravawb) | Pearltrees·

  6. J’y suis enfin allée, le 20 octobre. Il est dans un bien sale état.
    Nous avons rencontré 4 pilleurs sur place, ils projetaient de venir récupérer des métaux, de la ferraille.
    J’ai peur que l’escalier ne reste plus en place bien longtemps.
    ps : j’ai trouvé l’adresse du deuxième château😀
    Et dans toutes les images que l’on en voit sur le net, j’aime bien me rendre compte de la façon dont les divers urbexeurs immortalisent ce qu’ils ont vu.

  7. Bonjour, J’aimerai vraiment aller visiter ce lieu qui est magnifique! Est ce que quelqu’un peut me donner le nom du village ou il se trouve? La location de ce lieu? Merci merci!

  8. Pingback: Monkeys walk |·

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