Street Art : Entretien avec James Cochran, aka Jimmy C, 2ème partie

Crédit photo George Ujvary

Crédit photo George Ujvary

Nous retrouvons aujourd’hui Jimmy C pour parler plus précisément de ses sujets de peinture, anciens comme récents. Nous y verrons notamment l’importance de la ville : James a certes appris à peindre dans les rues d’Adelaïde, et comme il l’explique au Guardian, il a appris dans la rue « d’importantes leçons qu’on ne peut pas apprendre ailleurs », mais il y a également vécu, comme sans abri, suite à un drame familial. Des années plus tard, il a peint les sans abris de Londres, Paris ou encore New York.

Peindre les sans-abris, est-ce une façon de rendre une identité à des gens qui sont devenus des anonymes ?

Oui, il y a de ça, et puis il y a quelque chose de très honnête, de très réel dans les expressions, quand je vois les yeux d’un sans-abri. Mais j’ai besoin d’avoir un contact : je ne peins pas n’importe qui, depuis une photographie. Il faut que ce soit quelqu’un que j’ai rencontré, avec qui j’ai eu des échanges. L’histoire que je vois dans les yeux des laissés pour compte…je vois l’esprit humain, qui est toujours présent, et j’essaie de travailler avec ça, de montrer la dignité de ces gens.

C’est un sujet qui est intiment lié à la vie urbaine, un thème que tu as traité dans la série City Souls. Est-ce que tu vois plutôt la ville comme quelque chose qui rassemble, ou qui isole l’individu ?

C’est vraiment le paradoxe de la ville. Je ne sais plus si c’était Sartre ou Camus qui parlait de se sentir seul dans une foule, c’est un peu ce que j’avais en tête quand j’ai fait cette série. J’en ai fait une autre appelée Metro Dodo : dans le métro parisien ou de Tokyo, ces gens qui dormaient, c’est l’illustration de la vie épuisante dans une capitale. J’ai donc fait des portraits de ces gens qui dormaient. Je suis fasciné par ce que la ville peut faire aux gens. On peut être accueilli ou exclu. C’est quelque chose qui est là dans mon art, mais je l’exprime mieux que par les mots. Parfois je ne sais pas toujours ce que je veux y exprimer…J’ai fait également une autre série où des immeubles sortent de la tête des personnages : l’individu perd son identité dans le contexte de la ville. Il devient la ville, et la ville devient l’individu. C’est ce rapport très proche entre les deux que j’essaie de comprendre, comment il se construit. Ça m’intrigue pour des tas de raisons. Je suis curieux de voir comment les gens gèrent la vie dans ce contexte.


Dans la Tour 13, tu as réalisé un portrait de Rimbaud. Tu as un rapport particulier avec cet auteur ?

C’est la première fois que je peignais Rimbaud. Je l’ai connu vers 19-20 ans, j’écrivais aussi de la poésie comme on l’a tous fait, j’écoutais les Doors, et Jim Morrisson était mon idole. Et je lisais beaucoup de poésie, comme William Blake également. L’idée que l’artiste puisse accéder à notre imagination…J’ai lu une saison en enfer dans une édition de poche, en français avec une traduction en anglais. J’ai trouvé ça très fort. Et quand j’ai pensé à faire ce portrait, ça m’a donné l’occasion de revisiter sa poésie que je n’avais pas lue depuis des années. C’était génial d’y replonger. Tout le monde parlait du Bateau Ivre ; je l’ai lu étant jeune, mais je ne pouvais pas l’apprécier. Je l’ai relu récemment, et c’est fou de se dire qu’il l’a écrit quand il avait 16 ans. Les images créées dans ce poème sont incroyables. Et c’est ça qui est fort avec Rimbaud, c’est que chacun associe un poème de Rimbaud à une image. Pour moi c’est l’image de Flandrin, « Le jeune homme nu assis au bord de la mer« . C’était la couverture de mon édition, c’est pourquoi je l’ai associée au portrait de la tour 13.

Sur cette image, on peut voir des sphères, il y a une signification particulière ?

Oui, ça fait partie de mon univers. C’est issu des points, c’est une continuation logique. Que se passerait-il si les points devenaient plus grands ? Comme si on pouvait voir ces petites sphères comme des atomes, comme si le portrait s’éclatait en molécules, qui se dispersent. Je voulais cette association avec les atomes et les planètes, de l’infiniment petit à l’infiniment grand. Je me suis rendu compte que les points, les sphères évoquent l’énergie, les ondes créatrices…

Les idées ?

Oui, cette image de Flandrin, pour moi c’est Rimbaud enfermé dans ses pensées. Les boules et les couleurs qui s’échappent, se diffusent, c’est sa poésie, son imagination en action. Paradoxalement, il fallait être enfermé dans quelque chose de sombre pour écrire de belles couleurs. C’est la création par l’introspection.

Aujourd’hui tu prépares une exposition sur le thème des émeutes. La remise en question de l’autorité, c’est un mécanisme de survie de l’individu ? Remettre en question les choses quand elles ne vont pas ?

C’est drôle, parce qu’avant je n’étais pas très politique. J’étais un artiste poétique. Mais j’étais présent durant les émeutes de Londres, et c’est assez naturel pour moi de peindre ce dont je suis témoin. J’ai commencé cette série en 2011. Puis je l’ai laissée de côté, je ne savais pas vraiment quoi en faire. C’était un sujet sensible ici. Mais comme pour les émeutes en banlieue parisienne, c’est toujours un petit évènement qui sert de déclencheur. La frustration est là, il manque juste un déclic pour l’enflammer. Plus récemment, il y a eu les révolutions du printemps arabe. C’est amplifié par le métissage social, les réseaux sociaux qui rassemblent les gens et font circuler l’information. Le Brésil, Istanbul…les gens développent une intolérance au système, au régime, les gens en ont marre d’être oppressés financièrement, de vivre dans le malaise social. Mais c’est difficile à juger, je ne veux pas généraliser, chaque région est différente. Pourtant il y a un point commun à toutes ces émeutes…

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C’est la fin de cet entretien. Merci Jimmy pour ta disponibilité, ton ouverture, ta gentillesse…et ton impressionnante maîtrise du français! La prochaine exposition de Jimmy aura lieu à Londres à la galerie Pure Evil, à partir du 10 octobre.

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